
1963 - Frédéric Boyer en train de tailler les FF
Hommage à Frédéric Boyer, Maître Luthier par Claudine Petiot
2004 - La maison Boyer au 46 rue de Rome
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Né à Prague le 14 janvier 1926, de nationalité Française, Frédéric Boyer joue de la contrebasse. D’une famille de musiciens, son beau père Fernand Benedetti est violoncelliste à l’Opéra Comique, son demi frère René Benedetti, également violoncelliste et soliste à l’Opéra de Paris.
Il se rend un jour chez un luthier (il a alors 16 ans) pour faire réparer sa contrebasse et là c’est le déclic, il demande à son beau père s’il peut intégrer un atelier de lutherie. La période est difficile, nous sommes en 1942 et c’est la célèbre maison Roger et Max Millant qui l’accueille. Après un an passé dans cet atelier, il part à Mirecourt dans les Vosges en 1943, en pleine guerre et sous l’occupation allemande.
Mirecourt est peut être un peu plus calme que Paris et c’est pendant près de 5 ans qu’il apprend auprès du maître René Jacquemin pour les violons et de Louis Bazin pour les archets, l’art difficile de la lutherie et de l’archèterie.
Il vit des moments intenses, comme la Libération où Mirecourt est envahie d’américains, et où la vie des luthiers, bien difficile à cette époque va changer d’un jour à l’autre avec à nouveau des ravitaillements réguliers.
Il rentre à Paris en 1948 où il est embauché par la maison Enel A cette époque, il s’agit d’une des plus grandes entreprises de lutherie de Paris, et auprès de Charles Enel et de Pierre Enel (le cousin de Charles), il apprend à construire des violons dans l’inspiration des anciens, à les restaurer et à les expertiser.
Cette collaboration s’achèvera malheureusement avec le décès de Charles Enel en 1954 mais par chance, Madame Céleste Enel, l’épouse de Charles Enel propose à Frédéric Boyer de rester à l’atelier pour continuer a gérer la vie de la maison Enel, cette transmission ressemblant à la succession d’un père à un fils…
En 1955 naît son fils, Serge.
Madame Enel décède en 1960 et les héritiers, très gentiment, proposent à Frédéric Boyer de racheter la maison dans son ensemble. Nous pouvons à ce moment là parler d’une vraie succession, car Frédéric Boyer conserve la maison et surtout l’atelier dans son état original pendant encore plusieurs dizaines d’années.
Dès lors, Frédéric Boyer s’adonne à ses passions : la fabrication dans l’inspiration des anciens maîtres italiens, l’expertise et la gestion de son entreprise.
Entre 1960 et 1970, ses violons sont signés « Frédéric Benedetti élève de Charles Enel, Paris ».
Dans les années 1960-1965, une nouvelle profession en quelque sorte, voit le jour, celle d’altiste car auparavant, la majorité des altistes étaient avant tout violonistes. Le phénomène s’accroît, la demande pour les instruments aussi. Le marché étant très pauvre en alto, Frédéric Boyer décide de ne produire que des altos.
Il vit cette longue période jusque dans les années 90 comme un vrai bonheur. En permanence, il a sous son établi des fournitures (fond, table et tête) à l’état brut, et quand il voit passer un alto, italien et de préférence 18ème, le soir même, il en commence une réplique, à la manière du peintre qui croque l’esquisse d’un tableau sur le vif.
A cette époque sa vie est rythmée le matin par 2 heures de fabrication, autant le soir. Les journées de 10 heures sont classiques, et chaque mois sort un alto.
Depuis les années 1970, la lutherie connaît un renouveau. Il faut se souvenir qu’après la seconde guerre mondiale, les luthiers de Mirecourt avaient refusé de transmettre leur art à leurs descendants, le métier de luthier étant très difficile et peu rémunérateur. Faute de jeunes luthiers pour prendre la relève, Mirecourt verra sa ville s’endormir petit à petit pour ne plus compter que quelques luthiers aujourd’hui.
Toujours est-il que Frédéric Boyer construira tout au long de sa carrière plus de 200 altos, environ 50 violons et 5 violoncelles. Poursuivant dans la tradition de la Maison Enel, co-fondatrice de l’EILA, il en deviendra membre et participera à partir des années 1970, à des congrès aux Etats-Unis, en URSS, en Allemagne... Bien que préférant comme bon nombre de luthiers son art aux mondanités, il en rapportera des souvenirs d’expositions d’instruments anciens, de discutions avec ses confrères qui se traduiront, d’alto en alto, par l’amélioration de ses modèles, de ses vernis et bien entendu de la sonorité.
Frédéric Boyer ne prévoit jamais de commande d’instrument. Quand un musicien lui demande de lui réserver un alto, sa réponse est : « je vous appellerais lorsque un instrument sera prêt ».
De cette façon, pas de contraintes, pas de couleur imposée, pas de modèle, rien, uniquement la liberté de créer, d’améliorer chaque instrument selon son inspiration, le vrai bonheur du créateur.
Il est vrai que parallèlement, la Maison Boyer négocie bon nombre d’instruments anciens comme Antonio Stradivarius, Joseph Guarnérius, Andréa Guarnérius, Nicolas et Hieronymus Amati, …ce qui permet à Frédéric Boyer de s’adonner à ses recherches sans trop d’inquiétudes.
De sa formation d’archetier chez Louis Bazin à Mirecourt, il en gardera une passion pour les archets et aujourd’hui encore, la Maison Boyer s’occupe de la négociation d’archets de grande valeur.
C’est en 1981 que Serge, son fils, vient partager l’établi avec Frédéric et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il a la joie de voir son petit fils Florent né en 1983, commencer son apprentissage à Mirecourt en 2003 à l’Ecole Internationale de Lutherie de Jean-Jacques Pages.
Une journée avant de nous quitter, il donne un cours de vernissage à son petit fils (photo ci-dessus)
On peut dire aujourd’hui que la lutherie fut pour lui une vrai passion , la mer étant son hobby principal.
C’est en 1984 que son fils Serge Boyer prend la direction de la Maison.
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